Chapitre 1 : Morte. Enfin !

Elle n’avait plus de soucis et surtout, elle n’en causait plus à personne. Elle avait rendu service à beaucoup de monde en mettant fin à ses jours, leur évitant ainsi la prison pour meurtre.

Effet de surprise ? Raté ! Aucun membre de la famille n’était venu à son aide, simplement parce qu’il n’y avait plus rien à faire. Le plus meurtri par la tragédie, si cela s’avérait en être une, fut sans nul doute Xavier. Plus les paroles du prêtre, réconfort discutable selon certains, rappelait la disparition de sa mère, plus son visage s’assombrissait. Il s’étouffait à chaque explosion de larmes, mais, malheureusement, il restait en vie.

Quant à son frère, Charles, la famille remarqua quelques gouttes du précieux liquide lacrymal, tout à fait il est vrai, inattendu. Sa femme Suzanne lui tenait la main. Cet ancien mannequin auto proclamée et dorénavant bouffie, regardait une comédienne née : Kate.

La plus jeune des 3 sœurs, enfin plus que 2 maintenant, jouait le plus beau rôle de sa vie. Elle portait, supportait, tel un Atlas féminin empâté, le poids du chagrin de tous les membres de la famille, le poids du monde, de l’univers. Bien que nominée à chaque évènement familial, elle n’obtint jamais la tant convoitée récompense. Le jeu d’actrice de Kate jouait sonnait toujours trop faux.

Certains demeuraient figés dans une attitude traditionnelle et regardaient le cercueil avec respect. De si nombreuses pensées tournoyaient dans les têtes, celles pourvues de neurones évidemment.

La cérémonie fut longue et ennuyeuse. Morgane, la 2ème sœur, était demeurée silencieuse. Elle ne tint pas sa promesse et pleura.

Toute la famille s’était retrouvée chez Charles. Sa piscine était recouverte par une bâche à cause de la neige. Suzanne avait apporté des gâteaux mais personne n’osa y toucher. Une bonne moitié connaissait ses piètres talents de cuisinière. Les autres avaient peur de déranger la morale. Une nouvelle valeur venait de naitre dans ma famille.

17h30, Kate poussa un cri à réveiller les morts. Dieu merci, Louise demeura bien 6 pieds sous terre.

Avec ses inimitables trémolos dans la voix, elle posa la fatidique et inévitable question : « Comment notre famille en est-elle arrivée là ? »

L’indescriptible silence qui s’installe parmi une foule quand ce genre de question intelligente est hurlée fit son entrée. Quelques personnes frissonnèrent. J’ai donc fermé la fenêtre.

17h40, Xavier parvint à parler à son tour, le doigt pointé, façon j’accuse. « Vous qui vous prétendez tellement unis, expliquez-moi pourquoi vous l’avez laissé mourir ? » Il se remit à pleurer face à ce mutisme glacial si familial. Je me mis à regarder les tous derniers flocons tombant délicatement et qui commençaient à recouvrir la boue sur les trottoirs. Une nouvelle page blanche, pure, venait peut être remplacer l’ancienne abimée par la vie ? Peut-être que les 0 degré de l’extérieur permettait simplement qu’il neige.

A l’image de l’océan blanc à l’extérieur, les tensions silencieuses insensées à l’intérieur augmentaient pour sonner le départ des règlements de compte. Inexorablement, les clans se reformèrent. Non plus pour entamer une partie de cartes endiablée et chantante qui se terminait à 4 heure du matin pendant les vacances d’été familiales, mais pour donner l’assaut.

D’un côté Morgane et son frère ainé Maximilien, enfin ce qu’il en restait après sa rupture d’anévrisme, d’un autre Kate, et enfin, dans l’ombre, Jérémi et Fabrice. Tout ce petit monde était secondé par une troupe de poche composée soit du mari, soit de la femme, des amants, des enfants, des soi-disant amis. Tout était d’un ridicule. Impossible de ne pas prendre une photo pour la mettre en ligne sur les réseaux sociaux, #de la part de toute la famille !