Chapitre 2 : Un Mariage

Tenter de comprendre les membres de ma famille nécessite des incursions dans un passé, un passé commun, qui, hélas, m’inclut.

Soleil, samedi, mariage ! Samuel De Lauganet était plus petit que Louise. Elle qui avait toujours associé son prince charmant à un géant de 2 mètres aimait sincèrement un gnome ! Il dirigeait une maison de couture, assez prospère. Ce mariage ne fut cependant pas d’intérêt bien sur … La cérémonie revêtit son manteau de conte de fées et le bonheur fut dit complet avec la naissance de leurs  bambins, Charles et Xavier.

Maximilien, le frère aîné, épousa l’année d’après une jeune fille de bonne famille, Rose Liotal, qui connut également très vite les incomparables joies de la maternité. Son tiercé dans l’ordre : Victoire, Laura et Julien.

Morgane, la complexée à cause de son surpoids, se dégota un abruti mais séduisant jeune homme, Axel Levoy, et tous deux permirent l’arrivée de deux nouveaux parasites terrestres, Christelle et votre serviteur.

L’actrice de la famille Evertin, Kate, se maria à un campagnard rondouillard, rené Madron, porté sur ou plutôt sous les jupons et sur les bouteilles de vin, peu importe le cru. Elle enfanta par 2 fois. Hélène et Jason, nouveaux membres reçus, mention, désolé.

La famille se constituait donc au fil des ans et comme un malheur n’arrive jamais seul, elle allait continuer de s’agrandir.

Chez les De Lauganet, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. La maison de couture était très rentable, encore plus que ne l’avait espérer Samuel. Jusqu’à ce que Louise s’empare des commandes de l’entreprise pour y  réussir des merveilles. Notamment dans l’art de dissimuler d’énormes pertes financières au fil des mois. Le gnome adorait parler de Louise, de la fierté qu’elle lui inspirait et de son incroyable relationnel avec les clientes. La luxueuse demeure à 3 étages que le Goloum avait achetée crachait au visage de la famille le succès du nain et de sa sorcière. Xavier et Charles devinrent des enfants gâtés et insupportables. Lors des trop nombreuses réceptions que Louise organisait pour narguer sa famille, les enfants femelles étaient parqués dans un grand salon rose alors que les progénitures mâles se retrouvaient dans une immense salle de jeux ou j’observais mes cousins se transformer en soldats de pacotille pour jouer à la guerre. Ce pentagone familial m’exaspérait.

L’organisation quasi militaire de ces rituels familiaux fut enfin ébranlé par la grand-mère Evertin. Elle venait d’être admise aux urgences de la ville. Les médecins donnèrent un avis pessimiste si une opération à cœur n’était pas tentée. Un conseil de famille s’organisa au pentagone et on décida de transporter Mamie Evertin dans le meilleur hôpital parisien. L’opération était imminente, seuls Maximilien et Madame pentagone restèrent à Paris par décret dictatorial.

5h30: Vent, pluie. Deux infirmières viennent chercher la patiente. Max et Louise attendent dans une atmosphère de doute et d’angoisse. Il boit lentement un café, pour une fois qu’il ne s’agissait pas d’une boisson alcoolisée et à l’anis, alors qu’elle feuillette nerveusement un livre. Elle ne regarde que les images, mais elle sait lire, bien que je reconnaisse ne pas en avoir la preuve.

8h: Soleil, arc en ciel. Deux médecins viennent à leur rencontre et expliquent que leur mère se trouve hors de danger, que l’opération est un succès, que plusieurs mois de repos seront nécessaires. Louise se précipite sur un téléphone et répand tel un apôtre vénéré, la bonne nouvelle. Ce fut comme si les médecins n’eurent jamais rien fait pour mamie Evertin. Avec cet appel téléphonique, Louise venait de sauver sa maman. Deux jours  plus tard, mamie mourut et Miss pentagone fut longtemps considérée comme un piètre médecin. Charles n’osait même plus lui demander de l’aspirine pour de simples maux de tête.