Chapitre 3 : Les vacances d’été

Joé et ses frères, Fabrice et Jérémi, arrivèrent en même temps à l’hôpital ou Mamie de Lauganet avait rendu son dernier soupir. Louise, entourée de Maximilien et Morgane, trouva la première la force pour parler de la disparition de sa mère.


Chère Louise, chère Madame De Lauganet qui se dévoua pour garder dans son mini château ses deux petits frères chéris de 15 et 16 ans avec l’aval plus qu’appuyé de Joé. Les adolescents acceptèrent ce qu’on ne leur proposait pas : vivre au pentagone. Jérémi s’entendit à merveille avec Charles et Xavier alors que Fabrice montrait des difficultés à communiquer. Néanmoins Louise manifestait toujours une joie immense lorsqu’elle narrait de façon interminable à Morgane, Kate et à qui se retrouvait piéger pour faire semblant de l’écouter, que l’harmonie régnait entre ses bambins naturels et ses bambins adoptés. Adopter deux de ses frères, aussi bêtes l’un que l’autre, nécessitait forcément une forme de courage. Prendre la responsabilité de nouveaux adolescents et parvenir à ce qu’ils s’entendent permit à Miss Pentagone d’obtenir ses ailes d’ange. Ils s’entendaient si bien que Louise du rapidement emmener Fabrice aux urgences car le poing de Charles avait malencontreusement fini sa course sur le nez de son oncle, et ce par trois fois.


La famille ne se séparait, malheureusement, que très rarement et en tout cas, pas pour les vacances d’été. Ce fut décidé. Tout le petit clan se rendrait en bord de mer. Pas de problèmes pour les petits soucis d’argent, tata Pentagone était là pour les résoudre. ET une auréole pour la De Lauganet, une. Remboursement au retour. Exceptée Morgane, l’option choisie par la famille pour penser à rendre le prêt fut un Alzheimer extrêmement précoce. Les journées étaient ponctuées de match de foot ou de pétanque opposant adultes et enfants que j’observais de temps à autre et à distance alors que je lisais l’un des trop nombreux romans entassés dans ma valise. Maximilien intervint plusieurs fois pour empêcher Charles, et surtout son poing, de se trouver à nouveau trop près du nez de Fabrice. Les enfants s’entendaient toujours à merveille …


Chaque équipe faisait de son mieux pour remporter des coupes imaginaires tous les jours. En fin d’après-midi, la smala était bronzée, énervée et énervante. Les adultes regrettaient leurs 15 ans en se plaignant d’avoir mal un peu partout. Pourtant Louise souriait à longueur de temps, à croire qu’elle souffrait de paralysie faciale. Jérémi trouva le remède au problème de Louise.

Une nuit très claire, il réveilla la moitié de la station balnéaire vociférant des chansons inconnues sous l’effet de l’alcool. Des marques rouges et violettes sur son visage témoignaient de discussions profondes et de joutes verbales animées devant un comptoir de bar. Celles qui opposent les grands philosophes des tavernes depuis la nuit des temps pour trouver la réponse à cette question existentielle : le rouge est-il meilleur que le blanc ? Jérémi avait certainement bien défendu son opinion sur la dite interrogation mais son interlocuteur, possédant des arguments plus frappants, lui avait démontré qu’il avait tord. Enfin le miracle eut lieu, Louise ne souriait plus.

Elle tenta de le faire taire, en vain. Le débarbouilla comme la tendre pseudo maman qu’elle était, avec une paille de fer. L’expédia au lit après qu’il eut tout bien terminé de vomir sur ses chaussures hors de prix. Elle ne le réprimanda pas. Elle pensait qu’il n’aurait pas bien compris les reproches dans son état. Louise était une femme à la perspicacité admirable.


Le lendemain, le soleil décida de chauffer plus fort. Toute la famille n’était pas réunie pour le rituel du petit déjeuner. Ne s’y trouvaient que les plus matinaux, Max, Rose, Morgane et moi. Soudain, j’aperçus Xavier courir vers la table pour chuchoter à l’oreille de Maximilien. Dans la mesure ou aucun secret n’était possible dans la famille, l’utilité du procédé était bien futile. Le frère ainé, comme chargé de la toute dernière mission de la plus haute importance pour sauver la nation, se leva et, tel un chef de la mafia, fit  un signe de tête à Morgane pour qu’elle le suive. Ou comment une simple cuite peut prendre des allures de tragédies grecques…Lorsqu’ils arrivèrent devant la petite villa louée par Louise pour les vacances, ils la découvrirent en larmes.