Chapitre 5 : Poudre de neige

Le mois de septembre se terminait  à peine avec ses routines  ennuyantes comme la rentrée des classes ou mon anniversaire. Il faisait encore chaud et la famille  peinait à bouger. Sonnerie. Téléphone. Plusieurs minutes furent nécessaires à Louise pour faire le rapprochement. 

La fille de Kate, une boule disgracieuse façon pop corn, prévenait sa tante que l’actrice mélodramatique de la famille, Kate, venait de rentrer en clinique pour être opérée de caillots  décelés au niveau des reins . Le cirque habituel des allers et venues dans la chambre du malade pouvait commencer grâce aux symphonies incessantes des téléphones octroyant les horaires pour venir pleurnicher avec l’hospitalisée.  Après cette corvée de visite, chacun retournait à ses activités qu’il considérait primordiales laissant croire au malade qu’il est intéressant.

Libérée des chaînes médicales, Kate , de retour chez elle, nous joua la grande scène du trépas. Elle n’avait plus que quelques jours à vivre, quelques heures… Le lendemain, elle reprit son travail.

Mais traîna son trépas jusqu’à Noël, qui se déroula évidemment au pentagone. Le zoo affichait hélas complet.  Une personne fit cette année l’immense erreur d’entrer dans la cage familiale, s’étant prise aux filets de Jérémi. Le pêcheur, coutumier des thons, présenta donc Allessandra. Dotée d’une grande sensibilité d’après le détenteur de l’épuisette , la famille préféra doter la nouvelle venue d’autres qualités , froide et frigide. Grâce à l’arrivée de cette nouvelle branche dans l’arbre généalogique, la soirée connut un immense succès mais pour la première fois, Mme Evertin, la mama, n’était pas la. Louise s’en souvint entre deux coupes et se mit à pleurer. J’ai alors caché tous les mouchoirs  sachant que son maquillage n’était pas waterproof. Et les photos ou elle apparaissait cette nuit la  furent vraiment réussies. Elle sécha vite ses larmes quand son grand frère Max déposa à sa table un magnum de champagne. Le remède familial venait d’arriver. Et il allait continuer à soigner les membres de ma famille.

Bonne année, bonne santé. Hors de question de déroger à la tradition. Celui qui ne se pliait pas à la règle devenait l’être à éviter . Je me demandais quel niveau de sincérité possédaient les bons vœux de santé présentés à Mme Evertin l’an passé ?

Ont ils un niveau équivalent à ceux de bonheur présentés lors des mariages ? Joé Evertin, 4ème des sept nains de la fratrie eut droit à toute cette avalanche de sincérité  en début d’année quand il eut la mauvaise idée d’épouser une  Irène Demant  aussi épanouie qu’un tournesol en décembre. D’une banalité à pâlir, elle avait une complète absence de conversation intelligente, correspondant donc ainsi au niveau intellectuel de son mari. Elle se vit rapidement offrir une réputation de mauvaise vie lorsqu’elle apporta dans ses bagages une petite fille vomie d’une précédente union.Le portrait craché de sa mère, la pauvre enfant.

Février et mars ne connurent pas d’autres tragédies mais Louise n’en pouvait plus. La présence d’Allessandra auprès de Jérémi , et donc au pentagone, lui était réellement devenu insupportable. Il faut dire que la laide arrogance de la plus vulgaire des prostituées avait fait surface chez la demoiselle. Il n’était pas rare de voir une assiette, une salière ou un cendrier volé au cours des diners chez les De Lauganet tant les discussions entre les deux jeunes amoureux étaient intenses. Mais notre future suicidée venait de trouver la solution pour calmer la lanceuse de plats. En effet, Louise avait pris connaissance du passé , certes court mais non dénué d’intérêt d’Allessandra. Placée en maison de redressement pour incitation à la débauche, elle en fut renvoyée pour avoir « gâtée » un de ses éducateurs. Connaissant son presque fils, la sorcière argentée savait qu’il réagirait mal, fierté du mâle qui ne supporte pas que son amoureuse ait pu « gâté » un autre homme que lui. Louise conçut donc un plan tout simple. Il était vrai qu’une idée compliquée l’aurait facilement embrouillée tant ses deux neurones fonctionnaient mal.

Ce soir là , Miss sorcière , réalisant  avec étonnement que la fille aux cheveux débène lisait un livre dans le salon, s’approcha d’elle .Affalée dans un grand divan de cuir blanc, la princesse regarda s’avancer la sorcière. Se doutant d’un stratagème manipulateur, la blanche colombe prit les devants sur l’oiseau de mauvais augure en expliquant que les sensations fortes lui étaient interdites dans son état. Miss neige couvait un flocon. Jérémi ne mettrait jamais à la porte du château la mère de son enfant. D’ailleurs, lorsque le futur papounet apprit la nouvelle, sa fierté et son sourire stoppaient les commérages familiaux en lien avec la paternité du flocon. Les jours passaient, Allessandra vomissait. Les mois défilaient, elle grossissait. Mais des deux, Louise demeura la plus malade de la voir ainsi rester au pentagone.